Bonne nouvelle : créer une auto-entreprise ne coûte officiellement rien. Zéro euro de frais d’immatriculation, zéro notaire, zéro capital minimum. La procédure est entièrement dématérialisée sur le Guichet unique de l’INPI, accessible 24h/24. Sur le papier, c’est parfait. Dans la réalité, quelques points méritent d’être clarifiés avant de cliquer sur « valider ».
Chaque année, plus de 300 000 micro-entrepreneurs sont immatriculés en France — un chiffre qui ne faiblit pas. La plupart découvrent en cours de route qu’il existe des frais optionnels, des services payants bien mis en avant, et quelques obligations qu’on ne voit pas forcément au moment de l’inscription. Voici comment s’y retrouver.
La procédure officielle, étape par étape
Le Guichet unique : l’unique point d’entrée
Depuis le 1er janvier 2023, toutes les créations d’entreprises en France passent par le Guichet unique géré par l’INPI (formalites.entreprises.gouv.fr). Les anciens canaux — CFE des Chambres de Commerce, URSSAF en direct, greffe du tribunal — ne sont plus compétents pour recevoir les déclarations initiales. Un seul endroit, un seul formulaire.
Pour un auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur, les deux termes désignent la même chose), la démarche prend entre 15 et 30 minutes si vous avez vos documents sous la main.
Une adresse email suffit. Le compte est personnel et gratuit.
Identité, adresse professionnelle, nature de l’activité (code APE), régime fiscal et social.
Copie de pièce d’identité, justificatif de domicile, déclaration sur l’honneur de non-condamnation.
Délai habituel : 1 à 5 jours ouvrés. Vous recevez votre SIRET par email, c’est officiel.
Ce qu’on vous demandera obligatoirement
Trois documents suffisent dans la grande majorité des cas :
- Une pièce d’identité en cours de validité (CNI ou passeport)
- Un justificatif de domicile de moins de 3 mois
- Pour certaines activités réglementées (artisan, professionnel de santé, agent immobilier…) : une attestation de qualification ou un diplôme
Pas besoin de statuts, pas de publication au Journal officiel, pas de capital social à déposer. C’est justement l’avantage du régime micro-entrepreneur par rapport à une SARL ou une SAS.
✅ À retenir
La création elle-même est 100 % gratuite sur le Guichet unique officiel. Aucun organisme public ne vous réclamera de paiement à cette étape. Si un site vous demande de l’argent pour « accélérer » votre immatriculation, c’est un service privé — pas une obligation.
⚠️ Les frais qui ne sont pas obligatoires (mais souvent confondus)
Les sites privés qui imitent le Guichet unique
Tapez « créer auto-entreprise » dans un moteur de recherche : les premiers résultats sont souvent des plateformes privées (LegalPlace, Legalstart, Captain Contrat, etc.) qui facturent entre 30 et 200 € pour faire la démarche à votre place. Rien d’illégal — mais rien d’obligatoire non plus.
Ces services ont leur utilité si vous n’avez pas le temps ou si vous démarrez une activité réglementée complexe. Sinon, le Guichet unique fait exactement la même chose, gratuitement.
⚠️ À garder en tête
Certains sites affichent des URLs très proches du site officiel ou utilisent les couleurs de l’administration française. Vérifiez toujours l’URL : le seul site officiel est formalites.entreprises.gouv.fr. Les arnaques à l’immatriculation existent — la DGCCRF reçoit des signalements chaque année.
La domiciliation : gratuite chez soi, payante ailleurs
Par défaut, vous pouvez domicilier votre auto-entreprise à votre adresse personnelle. C’est gratuit, légal, et c’est ce que font la majorité des micro-entrepreneurs qui démarrent.
Si vous préférez ne pas afficher votre adresse domicile sur les documents officiels (factures, Kbis, site web), des sociétés de domiciliation proposent une adresse commerciale à partir de 10 à 20 € par mois. Utile, mais facultatif.
🎯 Activités réglementées : attention aux coûts spécifiques
Certains secteurs imposent des frais d’inscription supplémentaires
Le régime micro-entrepreneur est accessible à presque toutes les activités, mais certains secteurs ont leurs propres exigences :
- Artisans : inscription au Répertoire des Métiers (RM) via CMA France — gratuite depuis 2023, mais une formation préalable à l’installation (Stage de Préparation à l’Installation) était encore facturée ~200 € avant sa suppression en 2019
- Agents commerciaux : inscription au Registre Spécial des Agents Commerciaux (RSAC) au greffe du tribunal de commerce — environ 26 €
- Professions libérales réglementées (médecin, architecte, expert-comptable…) : adhésion à l’ordre professionnel obligatoire, coût variable selon la profession
- Activités nécessitant une assurance RC Pro obligatoire : secteur du bâtiment, conseil juridique, etc. — prévoir 200 à 800 € par an selon l’activité
💡 Notre conseil
Avant de vous lancer, vérifiez si votre activité figure sur la liste des professions réglementées sur le site service-public.fr. Une simple recherche avec le nom de votre métier suffit. Mieux vaut anticiper ces frais que les découvrir après coup.
Ce que vous paierez une fois l’auto-entreprise créée
Les cotisations sociales et l’impôt
Créer l’auto-entreprise est gratuit. La faire tourner, en revanche, génère des charges dès les premières ventes. C’est logique — mais ça surprend parfois les nouveaux inscrits qui pensaient que « gratuit » signifiait « sans charge ».
| Type d’activité | Taux de cotisations sociales | Plafond de CA annuel |
|---|---|---|
| Vente de marchandises | 12,3 % | 188 700 € |
| Prestations de services (BIC) | 21,2 % | 77 700 € |
| Professions libérales (BNC) | 23,1 % | 77 700 € |
Ces taux s’appliquent uniquement sur le chiffre d’affaires encaissé. Pas de vente, pas de cotisation — c’est la règle du régime micro. Une auto-entreprise inactive ne génère donc aucun coût.
Pour l’impôt sur le revenu, le versement libératoire forfaitaire est optionnel (1 % à 2,2 % du CA selon l’activité). Sinon, vos revenus s’intègrent dans votre déclaration annuelle habituelle avec un abattement forfaitaire.
Les outils du quotidien : à vous de choisir
Aucune obligation légale de souscrire un logiciel de facturation. Un simple tableur ou un document Word fait l’affaire pour commencer. Mais si vous cherchez quelque chose de plus pratique, des outils comme Indy, Freebe ou Henrri proposent des offres gratuites spécialement pensées pour les micro-entrepreneurs.
En revanche, l’ouverture d’un compte bancaire dédié à l’activité devient obligatoire dès que votre chiffre d’affaires dépasse 10 000 € pendant deux années consécutives. Plusieurs néobanques (Shine, Qonto, Propulse by CA) proposent des comptes pro à partir de 0 € ou quelques euros par mois.
« Le régime micro-entrepreneur a été conçu pour permettre à n’importe qui de tester une activité sans barrière financière à l’entrée. C’est sa force — et aussi ce qui en fait le régime juridique le plus choisi en France. »
— INPI, rapport annuel sur les créations d’entreprises
Récapitulatif : coûts réels selon votre situation
| Situation | Coût à la création |
|---|---|
| Activité commerciale ou libérale non réglementée, domicile personnel | 0 € |
| Agent commercial (inscription RSAC) | ~26 € |
| Domiciliation commerciale externe | 10 à 30 €/mois |
| Activité du bâtiment (assurance RC Pro décennale obligatoire) | 400 à 2 000 €/an |
| Plateforme privée de création à votre place | 30 à 200 € (facultatif) |
Pour la grande majorité des cas — un développeur web freelance, un graphiste, un vendeur en ligne, un coiffeur à domicile — la création d’une auto-entreprise revient à zéro euro. Le seul investissement, c’est 30 minutes sur le Guichet unique.
Si vous voulez aller plus loin sur la gestion quotidienne de votre activité, notamment sur la facturation et les obligations comptables, consultez notre article sur gérer son auto-entreprise au quotidien.
FAQ
Faut-il payer pour créer une auto-entreprise en France ?
Non. L’immatriculation via le Guichet unique de l’INPI est totalement gratuite pour les auto-entrepreneurs. Seules certaines activités réglementées (agent commercial, artisan dans certains cas) peuvent engendrer des frais mineurs.
Combien de temps faut-il pour obtenir son numéro SIRET ?
Après validation du dossier sur le Guichet unique, le SIRET est attribué sous 1 à 5 jours ouvrés. Vous le recevez par email et il apparaît rapidement dans la base Sirene de l’INSEE.
Peut-on créer une auto-entreprise sans adresse professionnelle ?
Oui. La domiciliation à l’adresse personnelle est légale et gratuite. Votre nom et adresse apparaîtront sur les documents officiels, ce qui est parfaitement normal pour un micro-entrepreneur.
Est-il obligatoire d’ouvrir un compte bancaire professionnel ?
Pas immédiatement. L’obligation s’applique uniquement si votre CA dépasse 10 000 € pendant deux années consécutives. En dessous, un compte personnel dédié (pas forcément « pro ») suffit légalement.
Que se passe-t-il si on ne fait pas de chiffre d’affaires après la création ?
Rien, ou presque. Sans CA encaissé, pas de cotisations sociales à payer. Vous devez simplement déclarer votre CA nul aux échéances habituelles (mensuelle ou trimestrielle selon votre choix). L’auto-entreprise reste active jusqu’à ce que vous demandiez sa radiation.



